« Plan prison BELLOUBET » : Le big-bang est pour plus tard !

 La Ministre de la Justice, Nicole BELLOUBET présentait ce mercredi en conseil des ministres son plan pénitentiaire destiné à arrêter puis à inverser la courbe exponentielle de la population carcérale.

 

Pour diminuer les effectifs de détenus (70 519 personnes incarcérées au 1er août 2018 et 1527 matelas au sol), la Ministre de la Justice propose deux objectifs. D’abord, le développement de solutions alternatives à l’emprisonnement pour les courtes peines, telles retranscrites dans le projet de loi justice qui sera débattu à l’automne au Parlement. Ensuite, la construction de 7 000 places de prison (on ne connaît toujours pas leur localisation), livrées d’ici à 2022, parmi lesquelles 2 000 places dans des Structures d’Accompagnement vers la Sortie (SAS : les projets au printemps prévoyaient une quinzaine d’établissement), un nouveau type d’établissement conçu pour répondre « à la nouvelle donne des peines » envisagées.

 

S’agissant de la politique pénale à venir, la Ministre ne fait que retranscrire les orientations d’Emmanuel MACRON, égrenées à l’ENAP d’Agen le 6 mars 2018. Le Président fait comme toujours du « en même temps » en voulant par exemple, supprimer les peines de moins de un mois (environ 300) ou en préconisant l’application hors détention d’une peine de moins de 6 mois (ce qui est déjà possible) tout en voulant, « en même temps », augmenter le nombre de places de prisons.

 

Dans une interview donnée au journal « les Échos », la Ministre affirme pourtant que son plan permettra de « pouvoir » réduire de 8000 le nombre des détenus. Une belle plaquette du ministère nous apprend que ce nombre est issu « d’une étude d’impact ».

La CGT est curieuse de connaitre cette étude, histoire de rire un peu !

 

Ambition ou présomption ? La CGT penche pour le second choix et rappellera à la Ministre, notamment, qu’il ne suffit pas d’espérer, sans le contraindre par la loi, que les magistrats aménagent systématiquement les peines de moins de 6 mois, puisqu’ils ne le font déjà pas aujourd’hui. C’est d’ailleurs un mauvais signal à leur attention que de créer un appel d’air en poursuivant l’augmentation du nombre de places de prison !  La CGT n’en veut pas spécifiquement aux magistrats : pourquoi prendraient-ils les responsabilités que les politiques ne prennent pas ?

 

Pour la CGT Pénitentiaire, comme d’habitude, il y a d’un côté, les grands discours avec une volonté affichée de ne plus faire de la prison la peine de référence et, de l’autre, la  fuite en avant qu’on connaît depuis des années : celle d’un accroissement continu du parc carcéral. Et ce gouvernement n’y déroge pas !

 

La politique pénale, depuis plus de vingt ans, et plus encore depuis les attentats de 2015, a pris un tournant sécuritaire que chacun observe. Rien ne vient perturber significativement cette fuite en avant. Le seul nombre de prévenus en détention provisoire parle de lui-même : plus de 20 300 personnes, en août 2018, étaient incarcérées et en attente d’un jugement. Soit près de 30 % du nombre total de détenus. Et ce, alors que « la prison doit constituer le dernier recours ». A contrario : si les juges d’application des peines prononcent le port de bracelets électroniques (un peu plus de 11 000 condamnés placés), les autres peines alternatives sont peu prononcées.

 

De plus, la CGT Pénitentiaire ne constate aucune rupture avec la recette ancienne mais tenace qui consiste à façonner une politique pénale sécuritaire pour tous, en fonction de quelques situations marginales graves et très médiatisées !

 

Tout ceci, au détriment également des conditions de vie et de travail personnels qui poursuivent leur dégradation.

 

La Ministre annonce fièrement 1 100 emplois de plus dans la filière surveillance alors qu’au dernier concours de surveillant pour 2019 (2400 postes prévus), entre 10 et 15 % des inscrits étaient présents à l’écrit ! Il serait temps de comprendre que ce métier et cette administration ne sont plus attractifs !

 

Autant d’exemples et de contextes qui font dire à la CGT Pénitentiaire que le big-bang n’est pas pour demain.

 

Enfin, la CGT Pénitentiaire, à l’instar de ses partenaires dans d’autres secteurs professionnels, constate qu’aucune concertation sérieuse n’a été menée pour préparer cette réforme.

 

Décidément, la Ministre de la Justice se coupe de plus en plus des terrains pénitentiaires. Il n’est plus acceptable non plus de supporter un certain clientélisme syndical. Il serait temps que cela change !

 

 

Montreuil, le 12 septembre 2018.

Communiqué National CGT Pénitentiaire – Plan prisons