Nouveau record de surpopulation pénale : L’été sera chaud…

La CGT Pénitentiaire n’a de cesse de mettre en exergue et de dénoncer les impacts négatifs de la surpopulation pénale, qui augmente en plus d’année en année, sur les conditions de travail des personnels pénitentiaires. La surpopulation pénale est un véritable fléau dans notre pays avec un nombre de détenus incarcérés toujours aussi conséquent.

Comme chacun de nous le sait, l’été est souvent propice pour atteindre de nouveaux records en la matière…

Cette année déroge-t-elle à cette règle ?

Non malheureusement !!! A la lecture des statistiques mensuelles des personnes écrouées et détenues au 1er Juillet 2018 qui viennent de paraître, la CGT Pénitentiaire ne peut qu’être alarmiste quand à la gestion quotidienne de nos détentions et donc, de surcroit, aux conditions de travail exécrables dans lesquelles nos collègues devront œuvrer chaque jour pour le bon déroulement du service public pénitentiaire. Rien ne change donc…

Avec 70 710 détenus écroués au 1er juillet 2018 contre 70 018 au 1er juillet 2017, soit une nouvelle augmentation de +1% en un an, les chiffres parlent d’eux mêmes. Nos maisons d’arrêt sont toujours aussi surpeuplées avec en moyenne nationale, une densité qui atteint 143%.

Si on peaufine un peu plus ces chiffres, on peut s’apercevoir que 4 établissements dépassent même les 200% de taux d’occupation et que 49 établissements atteignent une densité supérieure à 150% et inférieure à 200%.

Le nombre de matelas au sol n’évolue pas, lui aussi, dans le bon sens, avec une augmentation de +3,2% par rapport à l’année dernière, faisant grimper le chiffre à 1 667 matelas au sol.

Alors, après avoir analysé ces chiffres, comment pouvons-nous être optimistes pour nos collègues sur le terrain ?! Eux qui seront directement impactés par cette nouvelle évolution de la surpopulation pénale…

De plus, le manque criant de personnels constaté dans de nombreux établissements de métropole et d’outre-mer couplé à cette surpopulation pénale en constante évolution composent aujourd’hui un cocktail explosif qui ne laisse rien présager de bon pour la fin de l’été et les mois à venir. Le nombre croissant de personnes incarcérées n’est pas sans conséquence sur le quotidien et sur les conditions de travail des personnels : tensions, agressions, problème de cohabitation, profils particuliers, charges de travail accrues dans tous les services, ras-le-bol des personnels (usés et fatigués)…autant d’éléments pour créer de véritables cocottes-minute dans nos établissements pénitentiaires !!!!

Pour la CGT Pénitentiaire, le constat est donc sans appel. Depuis plusieurs décennies, les différents gouvernements successifs tentent de s’atteler à la gestion de la surpopulation carcérale qui atteint chaque année de nouveaux records avec encore et toujours comme « fausse bonne solution », des plans de constructions massives de nouvelles places de prisons (qui mettent en plus un temps fou pour sortir de terre) sans prendre en compte l’évident constat établi par bon nombre d’intervenants ayant une connaissance du milieu carcéral :

« Plus on construit, plus on incarcère »

La CGT Pénitentiaire dénonce régulièrement ces incarcérations « massives ». La politique pénale doit évoluer. Certes, de nouveaux établissements doivent voir le jour, mais si la tangente du tout carcéral perdure, les effets seront les mêmes et l’objectif de l’encellulement individuel ne sera jamais atteint. Les capacités d’accueil sont largement atteintes. A quoi bon afficher des capacités d’accueil dans les établissements pénitentiaires si au bout du compte, on transgresse cette règle. La CGT Pénitentiaire ne cesse de le clamer haut et fort à qui veut bien l’entendre : il est urgent de prendre « un nouveau cap » en matière de politique pénale et de donner toutes leurs places aux alternatives à l’incarcération, à la réinsertion des personnes détenues et à la lutte contre les récidives.

Sans vouloir faire de l’angélisme démesuré, il est grand temps de mettre en œuvre une réelle politique pénale ambitieuse, humaniste et progressiste en portant une réflexion en direction, notamment, des courtes peines lorsque l’on sait que plus d’un détenu condamné sur trois, incarcérés en Maison d’Arrêt, exécutent une peine inférieure à un an. Il y a donc de quoi faire ! Cela permettrait enfin de baisser le niveau des détentions et recentrer l’intégralité de notre temps sur l’amélioration et l’évolution de nos missions de service public en direction des détenus qui posent le plus de problèmes et qui façonnent, malheureusement, l’ensemble de la politique pénale à leurs images.

D’autres solutions, autres que des plans de constructions massifs, existent donc. Elles ont même été effleurées lors des discussions concernant les chantiers de la Justice, et lors des annonces du Président de la République Emmanuel Macron sans réellement aller au bout et au fond des sujets.

Cette surpopulation pénale est malheureusement le fait d’une politique pénale défaillante et qui met en péril les personnels pénitentiaires. En effet, ce sont les premiers à subir cette surpopulation et des conditions de travail de plus en plus difficiles et pénibles. On peut nous encenser de beaux discours politiques ou de beaux éloges ministériels quant à notre difficile métier mais malheureusement ce sont les pouvoirs politiques qui nous le rendent encore plus compliqué.

En tout état de cause, pour les personnels, qui subissent au quotidien les décisions absurdes des politiques successifs, l’été sera chaud…

 

Montreuil, le 27 Juillet 2018.

Nouveau record surpopulation – L’été sera chaud