Courrier adressé à la Ministre – Stade 3 COVID-19

Courrier adressé à la Ministre – Stade 3 COVID-19

15 mars 2020 Non Par ugsp

Madame La Ministre,

La crise sanitaire que nous traversons avec le Covid-19 (Coronavirus) est sans précédent. Toutes les mesures ou précautions depuis l’épidémie puis la pandémie, puisqu’il s’agit bien de cela aujourd’hui, ont été prises avec discernement et en parallèle avec la propagation de ce dernier. Des rencontres d’informations, des points de situations puis des recommandations ont été mises en œuvre au sein du Ministère de la Justice. Nous saluons bien évidemment ces initiatives malgré quelques problématiques dans la gestion du matériel de protection. Ces dispositions sont tout de même une réelle difficulté dans notre administration, particulièrement dans les établissements pénitentiaires.

L’annonce faite samedi 14 mars 2020 par le Premier Ministre, Édouard PHILIPPE, n’est pas sans conséquence sur la question pénitentiaire. En effet, lors de notre rencontre du jeudi 12 mars, le stade 2 renforcé était déjà au centre des débats au regard de la propagation du virus. D’ailleurs, les notes à l’attention des différentes directions pour expliquer les nouvelles recommandations ont été communiquées dans la foulée de notre rencontre.

Ceci dit, et malgré les précautions d’usage, la situation a nettement évolué au sein des établissements pénitentiaires. La CGT Pénitentiaire a toujours été transparente dans ces communications, elle ne souhaite pas enrichir ou céder à la psychose, mais soulève les inquiétudes des personnels. Quelques cas sont avérés au sein de nos structures depuis notre rencontre. Vous le savez, et vous vous en doutiez, c’était réellement notre crainte et celle de vos services. L’accès aux établissements par le biais des agents prenant leur service, les familles venant visiter les personnes détenues et les intervenants extérieurs (personnels soignants, avocats, aumôniers, enseignants, partenaires privés, fournisseurs, activités, etc…).

À l’heure d’aujourd’hui, le stade 3 est instauré. Il ne serait pas sans conséquence dans nos prisons avec certainement des mesures encore plus drastiques dans l’intérêt de tous. Des mesures ont été prises avec le stade 2 renforcé dans la le fonctionnement d’un établissement pénitentiaire, mais surtout dans la gestion quotidienne de la population pénale : mouvements en détention restreints, parloirs limités ou contraints, extractions minimalisées, gestes professionnels opérés avec bienveillance, etc… Mais confrontés à des ressources humaines de plus en plus restreintes, principalement dues aux obligations familiales avec la fermeture des écoles, mais aussi aux agents qui se trouvent ou qui se trouveraient en « quatorzaine », ou atteints du Covid-19, il sera bien plus difficile de faire face au bon fonctionnement de notre service public pénitentiaire.

Les services publics tels que les mairies, les préfectures, les commissariats, etc… qui sont des lieux essentiels recevant du public et qui restent indispensables à la vie du nos concitoyens resteront évidemment ouverts selon les propos du Premier Ministre avec la mise en œuvre de quelques principes de précaution et de prévention. Ces mêmes principes ne pourraient être suffisants et seront très certainement incompris sur l’accès aux établissements pénitentiaires. Cette question est et restera incontournable pour éviter une catastrophe au sein des établissements pénitentiaires, tant sanitaire que sécuritaire.  

Les mesures anti-barrières, malgré les appels solennels du gouvernement, ne peuvent et sont quasiment impossibles à mettre en œuvre au sein des établissements pénitentiaires : salle d’attente famille pour les parloirs, les regroupements de plusieurs personnes (activités, promenades, culte, etc…). Ces situations sont importantes dans l’organisation pénitentiaire et dans les droits des personnes détenues. Cependant, ces principes doivent être remis en cause dans l’intérêt de tous pour un stade 3 en milieu pénitentiaire, milieu contraint et confiné, propice à la propagation, car il en va de de la sécurité de tous.

La CGT Pénitentiaire souhaite et espère une prise de conscience des citoyens par rapport à la difficulté et la spécificité d’un établissement pénitentiaire. C’est notre message et nous souhaitons qu’il soit accompagné de part votre fonction pour faire entendre les personnes à ne pas se rendre dans les établissements pénitentiaires et privilégier les communications téléphoniques ou la visioconférence pour les magistrats.

Je vous remercie de toute l’attention que porterez à ce courrier.

Je vous prie de croire, Madame la Ministre, à l’assurance de ma très haute considération.

Christopher DORANGEVILLE / Secrétaire Général CGT Pénitentiaire