Nouveau record de détenus dans les prisons françaises !

Nouveau record de détenus dans les prisons françaises !

12 novembre 2018 Non Par ugsp

Avec 70 714 détenus incarcérés pour 59 891 places disponibles au 1eroctobre 2018, les prisons françaises viennent à nouveau de battre un nouveau record. 1353 matelas étaient au sol. 20 915 prévenus étaient en prison, soit près de 30 % des effectifs alors que pourtant, comme chacun le sait, la prison demeure l’ultime recours !

Face à cette équation, le gouvernement ne fait pas dans la nouveauté en programmant 7000 nouvelles places d’ici 2022 puis 8000 de plus entre 2022 et 2027. Ceci, pour répondre comme d’habitude à la question réaffirmée à chaque programme, de l’encellulement individuel.

Mais en même temps, il envisage, comme tous les précédents gouvernements, une politique pénale qui diminuerait de 8000 le nombre des détenus. Ce qui nous semble contradictoire et inexact. Voir nos écrits sur cette question.

Par ailleurs, le temps de construction étant d’au moins 5 ans, inutile d’écrire que les collègues se préparent à vivre la poursuite de conditions de travail exécrables  pour de longues années.

Depuis le début des années 90, la Pénitentiaire a augmenté d’environ 29 000 places sa capacité d’accueil. Tout en doublant le nombre de ses agents pour atteindre un plafond d’emploi de 19 000 ETPT (Fin 80), à plus de 41 000 agents en 2019. Sans que pour autant cela change nos situations critiques de travail. Car entre le recrutement serré de personnels pour ouvrir des nouveaux établissements et la création de nouvelles missions, nous ne cessons de courir, sans jamais le rattraper, après un ratio « surveillants – détenus », digne de ce nom.

Pour la société, nous sommes des fonctionnaires de l’Etat qui concourent à deux missions essentielles : la garde des détenus et leur réinsertion individuelle mais aussi collective afin d’éviter les retours en prison, la récidive.

Concernant les évasions, les prisons françaises remplissent assez bien leur mission de garde et de sécurité puisque l’administration pénitentiaire n’en n’a recensé que 15 l’an dernier, contre une trentaine en 2014 (chiffres qui ne tiennent pas compte des non-retours de permission). Cela reste un nombre important (deux fois plus élevé qu’en Allemagne) mais la prison est somme toute, efficace.

Concernant les récidives, la question est tout autre puisque 61 % des sortants de prisons (moyenne sur les délits) sont réincarcérés dans les 5 ans. Pourtant, la peine de prison demeure en France la peine la plus prononcée. La demande de protection de nos concitoyens est forte. Il pense que leur meilleure protection consiste à l’enfermement.

Si effectivement c’était le cas, la CGT Pénitentiaire serait résolument favorable aux créations de places. Pourtant, tous les indicateurs démontrent que ce n’est pas le cas, bien au contraire.

 

La CGT Pénitentiaire vous livre ci-après quelques éléments statistiques que tout un chacun peut se procurer sur le site Internet du Ministère de la Justice :

  • Sur une année, 900 000 infractions ont donné lieu à environ 600 000 condamnations pénales prononcées à l’encontre de 520 000 personnes ;
  • Les délits réprimés sont prioritairement les délits routiers (36%), les atteintes aux biens (20%), puis les Infractions à la Législation sur les Stupéfiants (ILS) (14%). Les infractions routières constituent plus d’un tiers des délits ;
  • L’emprisonnement ferme et avec sursis représente plus de la moitié des peines pour délits (53%). 1 délit sur 5 est puni d’emprisonnement ferme ;
  • La grande majorité des peines de prison ferme sont de courtes durées : 96 % sont inférieures à 3 ans, 78 % sont inférieures à 1 an. 56 % sont inférieures à 6 mois ;
  • Dans 80 % des cas de récidive légale, la justice a ordonné une peine de prison ferme ;
  • Alors que 61 % des sortants de prisons sont réincarcérés dans les 5 ans, seules 32 % des personnes condamnées à du sursis avec mise à l’épreuve sont recondamnées à la prison ferme ;
  • La récidive est toujours moindre, de moitié, après des sanctions non carcérales ;
  • La libération conditionnelle et les aménagements de peine entraînent des taux de récidive moins importants. Mais 80 % des personnes détenues sortent sans aménagement de peine et ce taux monte à 98 % pour les personnes condamnées. Les sorties sèches génèrent donc plus de récidive. Les aménagementsde peines restent sous-utilisés ;
  • Bien que faisant l’objet d’un large consensus, la libération conditionnelle en France ne concerne qu’environ 8000 personnes par an contre plus de 40 000 en Allemagne !
  • Entre 2001 et 2012, le nombre de détenus a augmenté de 35 %;
  • 48 % des personnes détenues n’ont aucun diplôme. Au moins un trouble psychiatrique ou une addiction est identifié chez 8 hommes détenus sur 10 ;
  • CQFD : La France compte 134 détenus pour 100 OOO habitants contre 77 pour 100 000 en Allemagne, 86 pour 100 000 en Italie, 54 pour 1000 000 aux Pays Bas !

La recherche d’une plus grande sécurité de nos concitoyens ne se cache pas derrière l’incarcération systématique. C’est tout le contraire. La CGT Pénitentiaire est plus sécuritaire que tout autre syndicat. En se basant sur les statistiques officielles, elle demande une réorientation réelle de la politique pénale en faveur des alternatives et des aménagements de peine, pour une plus grande sécurité !Au lieu de faire du populisme, nos élus doivent assumer des choix politiques tout autre, qui ne riment pas avec laxisme mais avec plus de protection !

Montreuil, le 10 novembre 2018.

  Surpopulation pénale octobre 2018