70 818 détenus pour 61 065 places : Une légère baisse, en trompe l’œil !

70 818 détenus pour 61 065 places : Une légère baisse, en trompe l’œil !

26 novembre 2019 Non Par ugsp
La CGT Pénitentiaire

Pas de record à priori battu à la lecture des statistiques trimestrielles au 1er octobre 2019 dans les prisons françaises. Mais, à y regarder de plus près, il semble que nous stagnons à un niveau élevé de détenus jamais atteint.

En effet, si au 1er juillet 2019 (dernière statistique disponible) il y avait 71 710 détenus écroués pour 61 105 places opérationnelles, il apparaît qu’au 1er octobre 2019, il y a 70 818 personnes écrouées ….mais pour 61 065 places opérationnelles ! Avec moins de places opérationnelles, la densité moyenne reste assez identique avec 116 % au 1er octobre contre 117 % au 1er  juillet !

Par contre, il y a plus de détenus hébergés à même le sol au 1er octobre 2019 (1497 matelas au sol) qu’au 1er  juillet 2019 (1389) !

Toute présentation positive de la situation carcérale serait donc erronée et biaisée, la « baisse » statistique est en trompe l’œil et il y a encore un fossé entre le discours et la réalité. En effet, est diffusée actuellement une petite musique ministérielle détestable, comme quoi, la politique pénale « macronienne » aurait des effets notables.

Voyons l’effet du placement sous surveillance électronique (PSE), mesure phare s’il en est :

Au 1er octobre 2019, 11 255 détenus étaient en PSE contre 11 883 au 1er juillet (10 765 au titre de l’aménagement de peine au 1/10/2019 contre 11 577 au 1/7/2019).

Pareillement, il y a moins de semi libres en aménagement de peine en octobre (1643) qu’en juillet (1717). C’est identique pour les placés extérieurs : 903 en octobre contre 939 en juillet.

Ce qui fait que la part des aménagés sur l’ensemble des détenus écroués est en baisse de 1,1 point (22,5 au 1er juillet contre 21,6 au 1er octobre).

29, 6 %, c’est enfin le nombre de prévenus dans les prisons françaises en octobre contre 29,3% en juillet 2019 !

Le ministère aura eu beau mettre la poussière sous le tapis en transformant les statistiques mensuelles en trimestrielles, les chiffres sont tenaces et rudes : il est encore très loin le temps d’une autre politique pénale efficace visant à réduire le nombre des détenus et à privilégier les peines alternatives ou le recours significatif aux aménagements.

La CGT Pénitentiaire

Mais après tout, pourquoi pas, une politique pénale est un choix, il faut simplement l’assumer et ne pas faire passer des vessies pour des lanternes !

Mais même cette politique du tout carcéral nous interroge, lorsqu’on sait que la loi de finances pour 2019  a amputé le budget des prisons de 118,7 millions d’euros et que le programme 15 000 places de prisons supplémentaires semble être passé a un plan 5000 places l’été dernier (source média puisque le ministère ne communique pas) !

Si la ministre ne souhaite pas laisser crever les collègues sur les coursives et les détenus dans des cellules surchargées, il y donc urgence à passer la vitesse surmultipliée en matière de politique pénale ! Sinon, gare au prochain drame !

Dans le détails des établissement surchargés, notons les tristes records à plus de 180 % de taux d’occupation à Limoges, Niort, Bordeaux, Tours, Vesoul, Béthune, Meaux, La Roche sur Yon, Saint Brieuc, Carcassonne, Foix, Nîmes, Perpignan, Toulouse-Seysses et Baie Mahault !

N’oublions pas non plus les nouveaux établissements dont les capacités d’accueil originelles sont largement dépassées et ce, avant même leur ouverture. Des lits superposés ont été installés. Les cellules initialement prévues individuelles ont été doublées voire même aujourd’hui triplées !!!

Ce qui ne rend pas plus facile le travail dans les autres sites, fussent-ils des établissements pour peine !

Le niveau très haut, trop haut, du nombre de détenus n’est pas sans conséquence sur le quotidien de notre travail, nos missions et nos conditions de vie au travail : Tensions, agressions, problèmes de cohabitation en cellule, profils particuliers, charges de travail accrues dans tous les services, ras-le-bol des personnels usés et fatigués sont autant d’éléments générateurs de situations impossibles et dangereuses !

Il y a le feu dans nos prisons et nous regardons ailleurs comme l’aurait dit un président, dans un autre temps !

Montreuil, le 26 novembre 2019.